(12|11|09) Les grandes boucheries charcuteries dominant le marché
bloquent des alternatives «douces» à la castration sans étourdissement des porcelets,
laquelle sera interdite dès lan prochain. La Protection Suisse des Animaux PSA et
lAssociation vétérinaire suisse pour la protection des animaux (AVSPA) critiquent
le fait que seule la castration chirurgicale des porcelets par narcose par isoflurane,
dont plusieurs aspects posent problème, sera pratiquée à large échelle tandis que les
deux méthodes respectueuses des animaux, à savoir lengraissement des jeunes
verrats et la vacci- nation contre lodeur de verrat, sont boycottées par les grands
bouchers charcutiers. Une expertise récente du professeur Rainer J. Schweizer, Dr en
droit à luniversité de Saint-Gall, montre que la castration chirurgicale
systématique par narcose par inha- lation disoflurane viole les articles 4 al. 2 et
16 de la loi sur la protection des animaux (LPA) et que des doutes planent quant à la
possibilité de contrôler cette méthode. La narcose obligatoire peut en effet être
contournée sans quon puisse le prouver sur lanimal. Lexpertise
recommande au Conseil fédéral dinterdire, passé un certain délai transitoire, la
castration chirurgicale visant à éviter lodeur de verrat comme inter- vention
systématiquement pratiquée dans les exploitations délevage porcin. La PSA et
lAVSPA vont aussi dans ce sens et formulent une échéance concrète: interdire la
castration chirurgicale des porcelets dès 2015. Elles demandent de surcroît de re-
noncer dès 2010 à limportation de viande porcine provenant d'animaux castrés sans
anesthésie.
Cette année également, plus dun million de porcelets mâles seront toujours
castrés sans analgésie, ce qui constitue une intervention incroyablement douloureuse et
traumatisante pour ces animaux sans défense. Mais dès le 1er janvier 2010, la nouvelle
loi sur la protection des animaux ne permettra plus que la castration des porcelets sous
anesthésie, comme cest déjà le cas depuis des années pour les animaux de
compagnie et dautres animaux de rente. Le problème est-il résolu pour autant?
Les grandes boucheries charcuteries font obstruction
Ce nest malheureusement pas le cas car, des trois méthodes de substitution à la
castra- tion sans étourdissement établie que le projet de recherche pluriannuel
«ProSchwein» a évaluées, cest justement la pire qui est désormais élevée au
rang de norme: la castration chirurgicale sous narcose par inhalation disoflurane.
Les deux méthodes nettement plus «douces» de lengraissement des jeunes verrats et
de la vaccination contre lodeur de verrat sont boycottées par les grandes
boucheries charcuteries car elles vont de pair avec certains investissements et
adaptations dans les abattoirs.
A cela sajoute que la narcose au gaz ne va pas sans poser de problèmes, tant
sen faut. Jusquà 10 % des animaux se voient en effet administrer une narcose
insuffisante selon ProSchwein. Cela correspond à 100'000 animaux par an au plus qui
continuent dêtre castrés en ressentant des douleurs, et ce en contradiction avec
la LPA. Des directives claires précisant quil faut obligatoirement administrer des
antalgiques contre les dou- leurs postopératoires après la castration chirurgicale font
en outre défaut. On constate en effet que les porcs castrés souffrent plusieurs jours
durant, voire toute une semaine, après lopération. Une expertise rédigée - sur
ordre de la Protection Suisse des Animaux PSA et de lAssociation vétérinaire
suisse pour la protection des animaux (AVSPA) - par le professeur Rainer J. Schweizer, Dr
en droit, et sa collaboratrice Mme Margot Benz, montre que la narcose par isoflurane ne
répond pas, dans la pratique, aux exigences du droit de la protection animale. Elle est
notamment en contradiction avec le respect de la créature et viole l'interdiction de
provoquer des contraintes injustifiées aux animaux. Les auteurs concluent que la
castration chirurgicale systématique des porcelets mâles enfreint lart. 4 al. 2
LPA. Ils constatent mot pour mot: «La castration expose les animaux à des con- traintes
multiples. Ils sont apeurés lors de la phase initiale de la narcose; un nombre
considérable de porcelets reçoit une narcose insuffisante et la castration leur inflige
des douleurs; les douleurs postopératoires, qui peuvent durer des jours, ne sont pas
atté- nuées par la narcose. Il est donc disproportionné, et par là même injustifié,
de castrer systématiquement les porcelets alors que des solutions de substitution plus
respec- tueuses existent, et donc de les blesser dans leur intégrité physique.» Les
auteurs ont de plus examiné si la castration chirurgicale des porcelets par narcose par
inhalation disoflurane était compatible avec lart. 16 LPA. Cet article
prescrit que les interventions causant des douleurs ne peuvent être pratiquées que sous
anesthésie par une personne compétente. Lexpertise relève que la castration
systématique par narcose par lisoflurane viole le principe de lanesthésie de
lart. 16 LPA. «Ce principe vaut pour chaque animal et nautorise pas une
méthode avec laquelle de 2 à 9 % des animaux - soit jusquà 100'000 par an
se voient administrer une narcose insuffisante et sont castrés en ressentant des
douleurs. A cela sajoute quune réglementation prévoyant impérativement
ladministration
dun antalgique afin datténuer les douleurs postopératoires fait défaut
jusquici».
Le modèle hollandais
Cest lengraissement des jeunes verrats qui est certainement la méthode la
plus «douce» puisquelle exclut toute intervention sur les animaux. Et elle est
même synonyme déconomies pour les producteurs porcins. Cette approche est déjà
pratiquée avec un succès croissant en Hollande. Sur un modèle connu en parfumerie, des
spécialistes au nez particulièrement fin entrent en action pour déceler une éventuelle
odeur de verrat à labattoir. En Suisse, un projet de détecteur électronique de
lodeur de verrat est en outre déjà bien avancé. Seul près de 3 à 5 % de toutes
les carcasses dégagent lodeur indésirable de verrat.
Pourquoi cette solution serait-elle impraticable en Suisse? «Nous, producteurs bio,
sommes prêts à relever ce défi mais les entreprises de transformation ne le sont pas
dans leur grande majorité. Cest incompréhensible pour nous puisque les marges sont
nettement plus élevées dans la transformation quau niveau des producteurs»,
sest plaint Martin Ott du domaine Rheinau S.à.r.l., dans lauberge duquel
sest tenue la conférence conjointe de la PSA et de lAVSPA.
Pour toute question:
Protection Suisse des Animaux PSA; Siège, tél. 061 365 99 99 |
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